Maintenant, quel Happy End pour "Chicken Run" ?

Le volailler français Doux, leader européen, est en danger malgré un développement international volontariste réussi jusqu’au Brésil. Il a choisi de ne s’en remettre, pour son avenir et celui de ses employés et partenaires, ni à une banque (britannique), ni à l’Etat (français).

Si la célébration du Jubilé de la Reine d’Angleterre (et le royal stoïcisme sous le britannique crachin, il est vrai assez naturel, voire normal, à Londres et anecdoctique eu égard aux changements de climats sur l’Empire depuis 86 ans, dont 60 d’un règne débuté avec Churchill -et de Gaulle-, dont la résilience tutoye non seulement celui de Victoria, mais bientôt celui de Louis le Grand) n’avait pas rappelé, avec l’émouvant défilé de 1000 navires sur la Tamise autour la Royale Barge (honni soit qui mal y pense, il s’agit du navire, sponsorisé par un mécène comme à peu près tous les autres, au demeurant), que le commerce international pas trop contraint ou distordu adossé à l’esprit d’entreprise raisonnablement régulé et encouragé est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres pour la prospérité et l’emploi individuels, pour un mieux-être national collectif imparfait mais pas insupportable et pour une certaine forme de paix qui évite au moins les boucheries humaines et les bruits de bottes et autres explosifs dangereux, on pourrait s’inquiéter de ce qui peut sembler une résistance vaine, voire suicidaire, au monde réel du moment.

Si on n’avait pas repensé aux énergiques entrepreneurs anglophones sans états d’âme des romans de James Clavell sur le développement de Hong-Kong en voyant les navires sur la Tamise défiler devant des logements pour investisseurs rappelant plus les immeubles de Monaco que les nouveaux ports de commerce et docks d’Asie bouillonnante, on pourrait, bien entendu, penser que les actionnaires de la banque britanniques ont des intérêts convergents avec ceux des salariés, fournisseurs et autres partenaires de l’écosystème du groupe Doux. Considérer qu’il y aurait une certaine élégance européenne à un partenariat franco-britannique gagnant-gagnant, même si tout est toujours plus compliqué qu’on le voudrait dans un continent où la famille de Saxe-Cobourg s’appelle Windsor et où les automobiles anglaises sont made by Germany ou India. Même si on parle moins ces temps-ci du capitalisme Rhénan et si la France a été un peu échaudée par le Crédit Lyonnais d’une autre époque (et par les banques d’Eurotunnel), il y aurait quand même quelque chose d’assez naturel, voire normal à ce que l’investissement étranger vise à aider à prospérer des activités employant en France sur des fondamentaux sérieux, et ne soit pas limité aux clubs de foot en galère, aux marques et technologies à délocaliser ou à l’hôtellerie de luxe à mettre aux normes, dans un pays sans fonds de pension pour investir dans les entreprises et où le capitalisme populaire a été refusé par référendum du temps de de Gaulle, puis interrompu par élections ordinaires du temps des derniers fidèles de Pompidou. Anyway, une banque internationale privée, britannique de surcroit, ça fait à tort ou à raison un peu peur dans certains milieux, surtout de nos jours.

Si les navires flottant fièrement sur la Tamise n’avaient pas été très majoritairement privés ou sponsorisés, y compris le navire école pour les mousses de la Marine Nationale, le Bélem représentant la France -loin en bout de quai- avec le sponsoring des Caisses d’Epargne (et si SeaFrance et autres grèves SNCM n’avait pas rappelé récemment aux observateurs les plus distraits que la marine marchande et les chantiers navals français sont des sujets compliqués, voire consternants dans un pays merveilleusement doté en côtes et en outremers), on pourrait bien entendu, se réjouir que l’administration du redéploiement industriel français s’intéresse aux poulets. Se rassurer pour l’écosystème volailler en pensant à l’ancienne usine Amora de Dijon, autre fleuron d’une certaine idée de l’agro-alimentaire de France, récemment transformée avec l’aide efficace de nombreuses bonnes fées publiques en magnifique centre d’appel (après la décision de son actionnaire étranger, mais ni britannique, ni bancaire, d’aller fabriquer la moutarde de Dijon ailleurs, cf supra, mais il faudrait connaitre le dossier dans son ensemble avant de "mépenser" parce qu’aussi bien la multinationale a investi autour de Dijon ou créé des emplois réels ailleurs en France pour y produire de la féta au lait de vaches françaises, du vinaigre balsamique responsable ou des biscuits bios haut de gamme). Espérer que les administrations nationales, régionales et territoriales imagineront, en bonne intelligence avec Bruxelles, des voies de sortie de crise par le haut (et compatibles avec les capacités financières publiques, mais cela va sans dire et moins bien en le disant). Anyway, l’économie mixte, de surcroit avec un gouvernement de gauche, ça fait un peu peur dans certains milieux à tort ou à raison, de nos jours.

Si on ne savait pas que le Rock et quelques autres nouveaux genres de musique ont remplacé la valse lente, y compris (voire surtout) chez la Reine, dans son Commonwealth et même dans des régions plus ou moins moins naturellement anglophones mais où il vaut mieux parler anglais pour vendre durablement des poulets ou autres produits en employant plusieurs milliers de salariés en France, on pourrait, même, bien entendu compter sur le dialogue social entre Français, le Grenelle national du 14 juillet et les enseignements des coopératives parfois efficacement compétitives pour inventer un modèle économique novateur, progressiste, humaniste et touça-toussa à expérimenter sur les poulets sur fonds publics français et européens (lire impôts ou dettes supplémentaires).

Le redressement judiciaire du business du Père Dodu va, quoi qu’il arrive, être assez rock n’ roll, voire "risky" (surtout pour les poulets) dans les mois qui viennent. Autant qu’à peu près toutes les activités humaines exposées au monde réel quand la météo est défavorable et les vents incertains, diront les pragmatiques (et sûrement quelques producteurs européens de poulets qui prendront le marché sans sourciller plus que pour le fromage, les tomates ou les fraises si l’occasion se présente). Reste à espérer que ça ne tournera pas autour du pot trop poulet au vinaigre pour les salariés et partenaires, qu’une solution viable émergera et que personne n’y laissera pas trop de plumes : ce ne serait bon, ni pour l’emploi présent en France dans la filière de la volaille, ni d’ailleurs pour l’avenir d’autres écosystèmes économiques dont la viabilité durable n’a pas fatalement disparu mais dont des maillons clefs ont besoin d’être consolidés.

La compétitivité des entreprises, c’est un peu comme l’attractivité pour les investisseurs ou la capacité à voler des poulets oiseaux, ça ne va jamais durablement de soi, il vaut mieux que les dirigeants, les propriétaires et les employés soient raisonnablement en phase et il est généralement préférable de s’en occuper avant que les temps ne deviennent vraiment très, très compétitifs, voire compliqués.

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