Investissement, compétitivité et autres efforts notables de (p)réparation de l’avenir en Europe

Certains observateurs ont du mal à imaginer la lumière au bout du tunnel pour l’Europe. Certains entrepreneurs, notamment dans les pays du Sud de l’Europe, ont également un moment de doute, voire une réelle inquiétude, après l’optimisme général du début du millénaire.

Certains s’inquiètent de la perspective d’une décennie perdue en Europe, comme à la fin des années 90 en Amérique du Sud. Les plus pessimistes de cette catégorie soulignent que l’Europe n’aura probablement même pas la chance de trouver des masses de pétrole comme le Brésil ou de pouvoir exporter des surplus agricoles considérables comme l’Argentine.

D’autres, sans sous-estimer les risques à venir et les incertitudes de tous ordres, ni se complaire dans la méthode Coué ou se réfugier sous les parapluies encore opérationnels, se disent que la décennie perdue en Europe est peut-être déjà largement derrière nous, que l’expérience accumulée depuis une dizaine d’année constitue un capital considérable, et qu’il serait tragique de ne pas avoir de meilleure idée que le divorce.

Les réalistes et autres pragmatiques se disent qu’il faut faire avec la météo du moment et que sauf à pouvoir attendre, jouer les dinosaures, ou voler/nager très vite vers ailleurs en espérant que la vie y sera plus douce, le mieux est de regarder un peu autour de soi et de s’adapter aux changements, qui ne peuvent pas tous être mauvais.

Il ne peut pas être mauvais pour l’évolution de l’écosystème français que le « modèle économique allemand » ne soit plus une sorte d’icône adorée de loin par les uns et honnie d’aussi loin par les autres, mais que la force des choses oblige les pays « cigales » à devenir plus « fourmis » avant faillite plus ou moins volontaire.

Il ne peut pas être mauvais pour l’évolution de l’écosystème français que les réalités du monde économique qui change vite et fort ne soient plus simplement des sujets de discussions en think-tanks globaux ou de discours de politiciens locaux mais s’imposent aux décideurs publics et privés nationaux avant faillite des uns et des autres.

Il ne peut pas être mauvais pour l’évolution de l’écosystème français que l’exemple espagnol rappelle à temps (?) que les délires immobiliers et les irresponsabilités bancaires peuvent stériliser un tissu économique, mais peuvent aussi être contrôlés avant  le point de non retour (nb les mots ne sont pas neutres, le ministère de l’économie espagnol est aussi de la « compétitivité »).

Il ne peut pas être mauvais pour l’écosystème français que l’incontestable et expérimenté ex-patron d’EADS Louis Gallois ait été nommé « commissaire général à l’investissement », tant l’industrie aérospatiale est exemplaire d’une ambition française et européenne qui réussit dans la mondialisation.

Il ne peut pas être mauvais pour l’écosystème français que le projet de Banque Publique pour l’Investissement vise à mettre rapidement en synergie les dispositifs nationaux et régionaux d’appui et financement à l’innovation et l’internationalisation, et à favoriser (enfin !) la croissance des PME-PMI en maximisant la lisibilité, la simplicité et l’accessibilité du système pour les entrepreneurs. L’objectif n’est pas nouveau, et l’écueil de la bureaucratisation devra être évité, mais la cohérence institutionnelle est nettement plus convaincante que du temps des guichets uniques sans pilote représentant des acteurs rivaux et/ou en conflit d’intérêt, et des crédits d’impôt et autres compensations artificielles aux handicaps réels de compétitivité.

Il ne peut pas être mauvais pour l’écosystème français que le capital de la Banque Européenne d’Investissement soit bientôt augmenté d’un commun accord entre la France et l’Allemagne, même si les deux pays ne sont pas (encore ?) complètement en phase sur les voies et moyens de relancer la croissance et l’emploi en Europe, d’autant que l’effet de levier de l’institution est élevé et que son mode de fonctionnement en partenariat avec les banques privées contribue à consolider le système bancaire.

Non pas que l’investissement soit l’alpha et l’oméga d’une relance en France et dans l’Europe à 27+ : cela suppose prioritairement une adhésion des peuples sur laquelle les élections en Grèce et manifestations ailleurs posent question, un projet politique convaincant que les citoyens ont plus de mal à entrevoir maintenant que du bon vieux temps du lancement de l’Euro ou d’Erasmus, et un environnement global pas trop déstabilisateur, entre autres. Non pas que les citoyens entrepreneurs évoluant dans l’économie réellement en récession aient beaucoup plus de raisons de se réjouir à court terme que les citoyens consommateurs exposés au chômage de masse réel et à plus que des incertitudes sur le financement durable d’un « filet social ». Non même pas que les Européens et les Espagnols puissent être certains que les risques d’effondrement de l’économie espagnole et d’effet domino sur tout ou partie de l’Euroland soient durablement écartés. Mais comme les entrepreneurs français sont optimistes et pragmatiques, sinon, ils ne seraient pas entrepreneurs, ils se réjouissent que l’Espagne et l’Europe aient « tenu » (depuis un an, mais plus spécialement ce week-end) et de tout ce qui peut contribuer à améliorer l’écosystème économique en France, même si les effets sur leur compétitivité ne seront pas aussi immédiats qu’au bon vieux temps des pépinières d’entreprises confortables sur cofinancement UE, des missions à l’étranger sur aides diverses et des marchés (relativement) faciles dans les pays d’Europe du Sud sur-subventionnés.

RF 10 juin 2012

About these ads

À propos de renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
Ce contenu a été publié dans Uncategorized, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s