Diplomatie économique : du nouveau dans les réseaux de la #France sur lequel le soleil ne se couche jamais ?

La "conférence des ambassadeurs" est le rassemblement de rentrée des ambassadeurs français à l’étranger avec les politiques, les corps constitués et l’écosytème français de l’action extérieure, à Paris. Cette année, la diplomatie économique sera au coeur des discours.

Le fil rouge de cette dernière semaine d’août 2012, dévoilé à la presse spécialisée par le ministre jeudi dernier (Tribune du Ministre et vidéo de son intervention sur le site internet du Ministère), n’est pas fondamentalement innovant, comme l’ont relevé les journalistes invités (Le Figaro 24/08Europe 1 23/08 - 20 Minutes 24/08). Le business et la diplomatie sont bien sûr intimement liées depuis bien avant que les affaires ne se compliquent plus vite encore que les réglementations européennes tandis que notre diplomatie s’atrophiait presque aussi vite que nos parts de marché, et les ambassadeurs ont de mémoire de diplomate pour mission de défendre les intérêts de leur pays et de ses citoyens, qu’il s’agisse d’assurer une paix favorable à la prospérité et au bonheur durable des sujets ou électeurs ou de ne pas exclure une guerre permettant d’occuper les militaires et/ou de faire bouger des lignes et frontières autour de matières premières ou voies de transport ou populations amies, voire d’aider à tourner des usines, des entreprises de service d’entretien des monuments aux morts et justifier le maintien d’un poste de sortie d’ENA au ministère des anciens combattants. La littérature est abondante sur le sujet, entre d’excellents ouvrages historiques dont certains sont assez chics et bien pensants pour décorer les tables basses des salons élégants au premier rang desquels ceux des ambassades, d’autres sont disponibles sur d’assez nombreux sites internet de la République, d’autres encore sont publiés plus ou moins annuellement par des élus intéressés par le sujet et/ou par un poste y afférent, et d’autres enfin sont destinés plutôt à un usage moins protocolaire.

Quoi qu’il en soit, la diplomatie, notamment économique, n’est pas un luxe même si elle parait parfois un rien "bling" à l’ancienne et/ou engoncée dans des us, rythmes, rites et coutumes un brin déconnectés du monde réel des affaires, et si la France se singularise un peu par rapport à d’autres grandes nations entretenant de puissants réseaux officiels à l’étranger, en ayant pour d’assez obscurs (ou trop clairs) motifs décidé au début du siècle précédent de créer un réseau dédié aux affaires rattaché à un autre ministère que le Quai d’Orsay, et d’autant plus farouchement indépendant que plus proche de l’administration financière en charge des budgets. A cet égard, l’authenticité de la note administrative de 1920 téléchargeable en cliquant sur : " Note Auguste Isaac 1920 " (trouvée il y a une vingtaine d’années dans les archives de l’ambassade à Panama en travaillant sur le dossier du scandale du Canal, assez nettement antérieur aux affaires contemporaines mais guère différent dans ses tenants et aboutissants) n’est pas absolument établie, mais "si no e vero, e ben trovato". A noter que le signataire supposé, Auguste Isaac, effectivement ministre du commerce et de l’industrie en 1920, était un industriel lyonnais (bien entendu retiré des affaires quand il a été nommé ministre, même si on n’avait pas encore de groupe de travail sur la morale publique) et un citoyen à preuve du contraire assez exemplaire avec une réelle fibre sociale, un souci sincère de l’intérêt général et une efficacité reconnue dans à peu près tout ce dont il s’est occupé dans sa vie.

Dans les temps historiques, une ou plusieurs directions ad-hoc à Bercy ont piloté des réseaux économiques, financiers et commerciaux dont les personnels expatriés bénéficiaient des privilèges diplomatiques tout en ayant un rapport hiérarchique "ad-hoc" avec l’ambassadeur, surtout quand la capitale administrative est à bonne distance des réalités économiques. La situation a récemment évolué avec la création de l’agence Ubifrance dont les personnels à l’étranger sont maintenant un peu moins diplomatiques et plus du tout rattachés, sinon par une histoire partagée (Comatta, DREE 2000, Entité, les concours de titularisation et, surtout, l’inoubliable message circulaire " … ceci est un faux, je répète, ceci est faux …" …) , à ce qui reste d’administration en charge du commerce extérieur à Bercy au sein d’une direction générale du Trésor ayant elle-même la tutelle d’un réseau de missions économiques n’ayant en ce moment guère compétence administrative sur le commerce courant, mais un lien opérationnel avec l’autre direction de Bercy en charge de la compétitivité, étant rappelé que bien entendu la régionalisation a abouti à dupliquer les structures et sous-structures étatiques au petit bonheur des intérêts intellectuels, politiques ou commerciaux et de l’évolution des moyens et plans stratégiques internationaux des dites régions tandis que l’Europe déployait ses propres doublons. Ceci étant, abondance de biens ne nuit jamais et il serait extrêment injuste d’attribuer les contre-performances françaises à l’export à des fantaisies administratives somme toute anodines par rapport à ce qui se passe plus près de Paris, où les conseils économiques sociaux et environnementaux national, régionaux et européen travaillent tous régulièrement en parallèle à des rapports sur le dispositif d’appui à la performance économique française à l’international doublonnant avec ceux des assemblées, ceux achetés à des consultants anglo-saxons par l’administration ou par les lobbies concernés, ceux confiés à des personnalités qualifiées plus ou moins expertes en mondialisation réelle ou en commerce international de terrain, et les sondages sans lesquels un rapport copié-collé manque de crédibilité. As simple as that, étant rappelé que l’équipe de France de l’export pour 10 000 nouveaux exportateurs, dont l’initiative peut être attribuée aux partenaires de l’opération "Agir ensemble à l’international" menée fin 2007 à Paris en synergie avec une visite à fort enjeu économique du Président de la République en Chine (cf dossier de presse "AGIR" AAA Annexe pour journalistes AGIR 2007 (3) ) a semblé une idée intéressante aux entreprises et à plusieurs parties prenantes au premier rang desquelles les ministres concernés, dont la mise en oeuvre progressive n’imposait pas de contraintes budgétaires, ni de mécano institutionnel insurmontable, mais s’est heurté à des obstacles insurmontés comme d’autres projets de réforme ou de modernisation au service de la compétitivité des entreprises françaises, non pas d’ailleurs que la réussite du projet et son bon déploiement en régions dans un cadre politique et institutionnel plus propice eût garanti des résultats rapides tant le contexte international et l’environnement national sont défavorables aux entreprises, notamment PME dont on ne rapellera jamais assez qu’elles sont plus petites, moins profitables, moins croissantes et moins flexibles que beaucoup de leurs concurrentes étrangères.

Ceci écrit, l’ironie critique est plus facile (presque autant que le néo poujadisme et le nationalisme étroit) que l’art de la guerre économique, et il faut se féliciter de tout ce qui peut aller dans le sens de la mobilisation générale au service de la performance du seul moteur de croissance disponible (un pays endetté > 80% de son PIB dont les acteurs privés performants délocalisent ou s’exilent volontiers, et dont les sources de financement privé sont largement asséchées, manque cruellement de marges de manoeuvre pour l’investissement public, et ne dispose guère de relais via la consommation dans la mesure où il produit de moins en moins les biens correspondant à une éventuelle demande intérieure et où la crainte du chômage et d’une aggravation de la crise n’incite guère le pouvoir d’achat à sortir des bas de laine, quand bien même y en aurait-il encore). En outre, si la mobilisation de fonctionnaires de bonne volonté du Quai d’Orsay au service de l’export en général et des PME en particulier est un marronnier administratif que les plus vieux membres vivants du landerneau du commerce extérieur n’ont toujours connu que déjà très ancien ; si les diplomates de tous rangs ont toujours fait de l’appui à l’économie en général et à l’export en particulier comme monsieur Jourdain faisait de la prose ne serait-ce que par sain esprit de rivalité avec leurs collègues dépendant de l’un ou l’autre des réseaux de Bercy ou par intérêt pour des sujets plus excitants que la gestion des visas ou la cogestion du 14 juillet avec Ubifrance invitant les entreprises françaises à sponsoriser le mousseux et la chambre de commerce franco-locale invitant ses membres étrangers et adhérents consultants à l’export pour le cocktail organisé dans un grand hôtel parfois encore d’obédience française mais de moins en moins souvent dans les locaux de l’ambassade ; si c’est un peu méconnaître la réalité des besoins d’entrepreneurs de moins de 50 ans baignés tout petits dans la mondialisation ayant bénéficié d’Erasmus (nb que bien entendu, les pays vers lesquels les PME "traditionnelles" se dirigent naturellement sont ceux de la zone Euro en crise et où la diplomatie nationale économique peut difficilement être trop proactive compte-tenu des règles de libre concurrence "en les murs") et pas trop effrayés à l’idée de chercher au-delà des frontières des clients plus solvables et somme toute pas plus compliqués que les clients français publics ou privés qu’il ne leur viendrait pas à l’idée d’aborder avec l’appui opérationnel de fonctionnaires ou assimilés ; enfin si la conférence de presse du Ministre des Affaires Etrangères (replay vidéo + tribune sur le site du Ministère : " La diplomatie économique, une priorité pour la France – Laurent Fabius, Paris, 23 août 2012 ") ne laisse pas deviner de changements majeurs au-delà de la création d’une direction spécialisée au "Département" et d’un resserrement du lien entre les comités locaux des conseillers du commerce extérieur et de l’ambassadeur, il faut faire feu de tout bois pour l’export au service de l’emploi en France et la compétitivité internationale des entreprises produisant en France, fussent-elles la propriété d’investisseurs étrangers concurrents des PME françaises et que le MAE semble vouloir s’attacher à attirer dans la continuité d’une volonté de "vente de la France" et de promotion tout azimut de l’attractivité du territoire national dont on préfèrerait avoir les moyens de se passer tant elle est à double tranchant et à vrai dire assez désespérée -pas seulement au football- dans la mesure où les pays voisins déroulent des tapis aussi rouges mais moins dirigistes en général et parfois plus contemporains que les vieux rideaux brodés d’or de la République, aux investisseurs étrangers.

Mais … what else ? A suivre attentivement pendant cette semaine de conférence des ambassadeurs, notamment lors des discours du Président de la République, puis du Premier Ministre, dans la continuité de ceux prononcés lors de la conférence sociale de juillet et en d’autres occasions récentes où l’urgence d’un choc de compétitivité a été évoquée au plus hauts niveaux de l’état. Whatever works, avec ou sans nouveau guichet en France et à l’étranger, du moment que c’est efficace pour les entrepreneurs et aussi bien coordonné que possible avec le Plan du ministère du Commerce Extérieur et les actions des autres ministères, administrations, opérateurs et acteurs territoriaux ou européens, sans oublier les partenaires privés et les grands groupes exportateurs dont certains peuvent avoir intérêt à une solidarité gagnante-gagnante avec des PME sur tel ou tel marché et dans telles ou telles circonstances, pouvant contribuer à doper la performance des athlètes français de l’export.

Renaud Favier – Comp&titivité – 27 août 2012

Annexes (cliquer) :

À propos de renaudfavier

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