De la compétitivité en #France 2.012

N’est pas Tocqueville qui veut. Mais ce n’est pas grave car la compétitivité, même en France, au 21è siècle est un enjeu d’entrepreneurs pragmatiques, pas un sujet de discours ou rapports sur l’avenir du monde, la démocratie en Amérique ou la prochaine révolution industrielle.

En plus, question politique (pôle y tique ? Pôle TIC ?) et éléments de langage, on sait à peu près ce qu’il faudrait faire pour (re)commencer, même si le monde a déjà pas mal changé pendant qu’en France on faisait des Grenelles, des Assises, des Etats Généraux, des sommets, des livres blancs, des pépinières, des promesses et des audits.

On a une idée assez précise de ce qu’il faut faire pour jouer en 1ère division mondiale.

On sait que les pouvoirs publics n’obtiendront pas le remboursement des rapports de consultants anglo-saxons RGPP pour financer un nouveau programme d’aide à l’export des pôles ou la traduction en français moderne du small business act des trente glorieuses en Amérique ; que ça ne fait pas trop de sens de demander à des jeunes diplômés d’écoles d’administration en français de faire un benchmarking de concurrents asiatiques ou de pôles européens et que les agences de notations et autres cabinets de recommandations qui n’engagent que leurs clients, fussent-elles glocales comme il se doit maintenant, ne connaissent pas personnellement les clients, fournisseurs, marchés et enjeux d’avenir des entrepreneurs français ayant la volonté et les moyens de se déployer durablement et profitablement en France (qui n’est qu’un marché comme un autre dans le monde 2.012 avec les mêmes concurrents mais un peu plus de grève et nettement moins de flexibilité sur les cadences de production) et dans le monde où vivent et travaillent à peu près 99% des fournisseurs, partenaires et clients du 21è siècle. Ceci dit, tout ça n’est pas si impossible ou désespérant ou compliqué que ça peut le sembler si on cesse de se regarder seulement le nombril avec des lunettes plus ou moins roses ou bleues selon affinités.

Il y a grosso modo 3 niveaux d’analyse :

1. de la compétitivité des états et autres notabilités politiques rassemblant des acteurs aux intérêts divergents, contradictoires voire opposés à l’intérieur de frontières et autres lignes Maginot, voire imaginaires : sous embargo en période électorale, la conclusion générale étant que de toute façon tout le monde s’est tellement trompé tout le temps en France depuis deux générations (voire depuis Louis 15 à quelques exceptions près mais ça se discute et c’est une autre Histoire de France et si on commence à s’interroger sur les tenants et aboutissants de la fin de la Nouvelle France, on va finir par auditer la mise au placard de Chaban, l’huile sous les roues de Giscard et les balles dans les pieds de Barre sans se poser de questions préalables sur la prescription ou le non lieu et ça risque de fâcher en saison électorale) avec bonne ou mauvaise conscience mais toujours la certitude d’agir dans l’intérêt général et pour le bien collectif national sinon de l’humanité qu’il doit y avoir quelque chose de déglingué dans l’ADN du patrotisme économique, et de toute façon savoir ce qu’il faudrait faire n’a aucune raison d’être plus utile en 2012 et plus que dans les décennies précédentes. Dont acte, à revoir après les élections au cas où cela intéresserait quelqu’un et où les sujets de l’emploi, de la croissance, de la prospérité et du développement démocratique durable seraient encore d’actualité en France étant entendu que si les états étaient (gérés comme) de grandes entreprises et si l’Euro(pe) fort(e) n’avait pas constitué une armure pesante mais efficace et si le pays avait recélé plus de matières premières, des systèmes de production et de formation en ordre de marche et moins de conservatismes, la France aurait été l’objet d’une OPA plus ou moins hostile depuis longtemps (mais la guerre économique ne fonctionne pas exactement selon les mêmes règles que l’autre) et pas seulement d’un rachat de la moitié de sa bourse, d’une part de ses meilleurs emplacements immobiliers et vinicoles, et de pas mal de ses plus jolies PME et autres bijoux de la couronne républicaine.

2. de la compétitivité des grandes entreprises et autres notabilités économiques généralement transnationales rassemblant des acteurs aux intérêts raisonnablement convergents ou rendus compatibles par des systèmes de gouvernance rationnels, voire prédateurs : sans commentaire, la règle des 80/20 valable dans beaucoup d’activités économiques s’applique. 80% des grosses boites sont simplement bien co-gérées dans la durée par des gens compétents qui bossent, ensemble, plus et mieux que leurs concurrents, pour le compte d’actionnaires responsables sans trop d’interventionnisme de tiers irresponsables ou de changement d’environnement cataclysmique, et se débrouillent pour tirer année après année un paquet raisonnable d’épingles du jeu quitte à marcher sur la tête de leurs sous-traitants, fournisseurs et clients, tandis que les 20% qui n’ont pas de chance ou dont le management est en-dessous de tout ou dont les actionnaires on cédé aux sirène du capitalisme court-termiste à crédit disparaissent comme les dinosaures, emmenant dans leur chute un bon paquet d’emplois au nom de la sacro-sainte destruction créatrice. Dans les pays où de nouvelles entreprises émergent dans des secteurs productifs (lire « pas seulement dans la grande distribution, la consultance fiscale ou whatever, la pharmacie subventionnée ou le secteur associatif sous perfusion ») et où la blague des pionniers de l’aéronautique : « comment devenir millionnaire dans l’industrie aéronautique ? En commençant milliardaire ! » ne se transpose pas au 21è siècle en « comment devenir une ETI ? En commençant CAC40 ! », un système de vases communicants permet en général peu ou prou de compenser des pertes d’emploi chez Kodak par des créations chez Cisco et de limiter la casse dans l’automobile en arrêtant à temps les apprentis-sorciers de la finance. Dans les endroits où la régulation est co-gérée par des politiciens professionnels et des syndicats politisés et les secteurs où la concurrence pure et parfaite est administrée conjointement par des fonctionnaires et des lobbyistes, ça peut être plus compliqué, mais les méduses géantes et autres prédateurs efficaces survivent en général à presque tout sauf malchance, nationalisation, fin du communisme dans l’autre moitié du monde ou changement brutal et imprévu dans leur écosystème.

3. de la compétitivité des entrepreneurs et autres acteurs économiques à taille humaine tentant de vaincre le syndrome du bonsaï dans un monde réel pavé de bonnes intentions, voire de subventions : là, c’est plus compliqué, et ça  peut dépendre significativement des point 1 et 2 ci-dessus, parce que selon que les meilleurs cerveaux les plus travailleurs et patriotes sont concentrés dans des secteurs prédateurs publics ou privés, dans les think-tanks et autres lieux de consultance en optimisation socio-politique ou économico-fiscale, ou en exil, ces sont les pôles de compétitivité ou Pôle Emploi qui sont le mieux adaptés pour les créateurs d’entreprises. Ceci posé, il n’y a « nothing like a free lunch » pour les entrepreneurs nulle part au monde même si certains systèmes de soutiens moins paternalistes que d’autres et certains dispositifs d’appui plus performants que d’autres peuvent changer un peu la donne au début et offrir plus de chances à deux gars dans un garage de créer un leader mondial du high-tech, à un gars dans sa bergerie ou son atelier de parfumerie ou maroquinerie d’embaucher assez de monde pour tangenter les seuils sociaux en France et localiser assez de production offshore pour atteindre la taille critique pour intéresser des investisseurs étrangers (lire soit vrais étrangers enrichis par nos achats de pétrole, de gadgets ou de trucs moins cher que si nos mômes les fabriquaient plutôt que de faire fonctionnaires ou chômistes, soit exilés fiscaux via société écran dans un paradis  plus ou moins éloigné des frontières du patriotisme économique), ou à un « Spieler » de jouer des défauts du système pour se créer un petit ou grand empire comme n’importe quel oligarque bien connecté, malin et sans trop d’états d’âme dans un un système plus ou moins post-soviétique. Ceci dit, la création d’entreprise en France peut s’apparenter à une sorte d’épreuve initiatique pour les entrepreneurs capables de survivre et se développer entre les bonnes intentions des gentils organisateurs de l’auto-entrepreneurisme et les grandes inventions des gentils apprenti-sorciers du paritarisme à la française, des gentils théoriciens du soviétisme à la gauloise et des gentils inventeurs d’usines fiscale à dégazer l’eau tiède exemptée de TVA. Pour les plus inoxydables conquérants du monde pas trop inquiets qu’Apple dispose d’un trésor de guerre de près de 100 milliards de dollars, pas trop effarouchés par le protectionnisme qui rampera un peu partout tant qu’une partie significative du monde ne sera pas parvenue à sortir de la crise déclenchée par les subprimes mais provoquée par le « toujours plus » des uns appuyé sur le « jamais moi » des autres, particulièrement en France, et pas trop pervertis par la subventionnite (sachant qu’il ne faut pas non plus se tirer une balle dans le pied en laissant aux concurrents le monopole de l’intelligence bureaucratique, de l’optimisation fiscale ou de l’obtention d’aides publiques), l’année du Dragon est plutôt prometteuse en ceci que la plupart des politiciens français semblent ne pas avoir d’autre idée que de soutenir les PME survivantes, de doper leur compétitivité autant que faire se pourra (quitte à encore s’endetter au  niveau régional ou plus petit encore pour rivaliser entre français sur des marchés publics nationaux ou territoriaux résiduels plus que contre la concurrence internationale sur les vrais marchés) et de « chouchouter à donf » les entrepreneurs à potentiel de Glo-Ba-Li-Tu-De. Quant aux bureaucrates européens, ils sont un rien moins arrogants depuis que l’affaire de la dette grecque jette un doute sur leurs compétences en administration de l’économie en général, de la concurrence en particulier, ils font également une petite fixette sur le small business act qui leur rappelle leur jeunesse et le bon vieux temps des Trente Glorieuses en France et du Rock n’ Roll dans les pays où l’on parlait anglais, et ils commencent à bien savoir ce qu’il valait mieux  faire entre 2000 et 2011 pour créer de l’emploi et faire grandir les PME à force que le fossé s’élargisse entre ceux qui courent et ce qui ne marchent pas.

Pour autant, la compétitivité de demain des entrepreneurs français d’aujourd’hui ne viendra ni des politiciens d’hier, ni des administrations de toujours, ni enfin des rapports des années 90 révisés en 2011 sur l’écosystème idéal, la glocalitude parfaite et la performance des distritti du Nord de l’Italie. Ni d’ailleurs du simple copier-coller de la partie émergée de l’iceberg à grande vitesse de la compétitivité allemande de début 2012 qui résulte de facteurs particuliers à l’Allemagne dont certains sont délicats à transposer et d’une politique volontariste engagée par consensus national au siècle dernier, après Bismarck certes, mais avant Merkel et qu’il serait aussi vain de chercher à imiter en #France 2012 que si le haut conseil français de la gastronomie européenne préconisait le recours au Knödel dans les Bed and Breakfast français pour relayer la cuisine moléculaire des palaces 5*.

La recette de la compétitivité de demain ne peut se lire ni dans une boule de cristal, ni dans un rétroviseur, et de fait on a plus ou moins de talent inné et de chance mais c’est comme pour n’importe quelle compétence d’entrepreneur, cela résulte d’une histoire personnelle dans un écosystème particulier avec des équipes et … un peu de chance, de bonnes chaussures et d’excellentes lunettes mais on peut gagner un temps précieux et éviter quelques déperditions d’énergie en s’appuyant sur de bons fondamentaux.

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A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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