Caddie en panne, Gross Malheur …

Caddie en redressement judiciaire, c’est comme si Carambar se mettait à imprimer ses blagues en Allemand, si SeaFrance et le AAA coulaient à pic, ou si un fleuron automobile national passait sous pavillon étranger : un peu dérangeant, voire assez inquiétant, limite médusant.

Parce que Caddie, belle entreprise familiale à la française, “ETI” alsacienne modèle de 500 employés, n’est pas une startup fragile chahutée en bourse, ni un monument historique industriel déstabilisé par des problèmes de RH, des grèves ou autres contrariétés en amont ou aval de sa chaine de valeur, ni une belle endormie provinciale handicapée par des prodiges de la réglementation européenne ou du dialogue social hexagonal, ni une vieille gloire du temps de la splendeur des Club-Med étranglée par ses banques créancières (pas de dette) ou autres maillons de ses chaines de voleurs, ni même une gazelle malmenée par les exigences de capitaux étrangers ou par les fulgurances de “gestionnaires” détachés du confort familial ou parachutés de la fonction publique : juste un bonsai “normal” qui avait bien grandi dans l’ombre des exploits de la grande distribution française des 30 Glorieuses et mûri au soleil de la croissance du pouvoir d’achat à crédit de tout et n’importe quoi made in n’importe où par n’importe qui n’importe comment des 30 Suiveuses. Mais Carrefour aurait, dit-on, choisi un concurrent allemand ; la génération des bâtisseurs a passé la main ; le vrai-faux “credit crunch” n’épargne personne malgré les médiateurs du crédit et … le monde change. Meilleurs jours pour les entrepreneurs français, leurs employés et leurs chômeurs, vaste programme (à bon entendeur, il n’y a pas de recette miracle, même les #ETI exemplaires et compétitives pas trop dépendantes des commandes ou subventions publiques, ni trop déstabilisées par une concurrence low-cost, délocalisée ou biaisée, ni trop menacées par les changements d’environnement global vivent dans le monde des affaires réelles et doivent être pilotées, gérées et financées pour sortir de leur bocal au 21e siècle : http://www.bfmtv.com/le-fabricant-de-chariots-caddie-place-en-actu24328.html).

En marge des handicaps fiscaux, sociaux, financiers assez bien documentés et de la crainte assez compréhensible avant ce qui apparait à tort ou à raison comme un « grand saut », un autre problème de l’entreprise française à l’international vient de l’étrange fascination gauloise pour la marine à voile. Il est vrai que la France n’a jamais été aussi grande et puissante dans le monde qu’au temps de Colbert et qu’une des rares activités où nos champions occupent le 1er rang de la scène mondiale (au moins dans les médias français) est la course autour du monde en bateau à voile.

L’Etat a, ainsi, abandonné depuis quelques années la référence terrienne à la chasse en meute, un peu connotée « ancien régime », voire moyen-âgeuse, pour les métaphores marines plus intemporelles, sinon contemporaines. On parle un peu moins de navigation en escadre et de navire amiral depuis la grande traversée de Christine Lagarde (et le passage à la tête de son cabinet d’un homme de l’aéronautique) mais la récente nomination d’un « commissaire général » à l’internationalisation des PME a un goût de vent du grand large de temps anciens puisque c’est pour la Marine Royale que ce titre à la résonance résolument colbertiste a été inventé au 17ème siècle (pour seconder les intendants et contrôler les ports), sans d’ailleurs s’imposer depuis lors dans la collection des grades, charges et autres honneurs français. Sur le papier – et sur les océans -, c’est plus convaincant que les lignes Maginot préconisées par les uns ou les vieilles Bertha que d’autres voudraient recycler.

Conscient que la grande course ne se gagne pas depuis les quais de Seine, malgré les péniches de Bercy et les projets pour étendre le port de la Bastille jusqu’au Havre via Rouen, l’Etat a pris acte du fait territorial et neutralisé fédéré certaines ambitions régionales frondeuses par une politique de chartes régionales de l’export d’autant plus facile à signer (la mise en oeuvre opérationnelle étant une tout autre affaire) malgré la longue période électorale assez peu favorable aux partenariats Etat-Régions, que les acteurs publics et parapublics locaux du soutien à l’internationalisation des PME n’ont guère les moyens d’ambitions mondiales, pas vraiment la capacité à fédérer efficacement les énergies locales, pas réellement la volonté de se coaliser durablement entre régionaux et/ou métropolitains de France, moins encore l’ambition de s’entendre avec d’autres acteurs régionaux d’Europe ou d’ailleurs façon ligue hanséatique du passé ou entreprise étendue du présent. Sur le papier, cela a de l’allure, genre grande armada du temps de la splendeur maritime de la vieille Europe continentale.

Provisoirement convaincu que les entrepreneurs et les entreprises se développent d’autant mieux en France et à l’international et créent d’autant plus d’emploi à l’étranger et en France qu’on crée les conditions d’une croissance autonome en laissant un peu les mains libres à leurs dirigeants compétents et qu’on n’ajoute pas des couches de volontarismes publics antagonistes aux corporatismes privés rivaux et aux tentations paternalistes diversement désintéressées face à la concurrence sauvage, à l’évolution imprévisible de l’environnement des affaires et aux réalités éternelles du gagnant-gagnant dans lequel certains sont toujours moins gagnants que d’autres, l’Etat s’est attaché à croiser une politique horizontale de compétitivité intégrée dans la dynamique européenne de Lisbonne (autres temps, autre Europe …) et une logique de soutien national renforcé à des filières appuyée sur les pôles de compétitivité, le fond stratégique d’investissement et l’agence Ubifrance pour l’internationalisation des PME. Tout cela semblait assez convaincant sur le papier, voire sur les mers du globe, mais le perfect storm mondial en deux temps (crise des subprimes, puis crise des dettes publiques) et trois mouvements (crash boursier, credit crunch bancaire et engourdissement des marchés européens) complique un peu les choses.

La bonne nouvelle, c’est que souvent dans la vraie vie les économistes se trompent au moins autant que les vendeurs de sondages et autres experts en météo, et que les scenarii sont moins prévisibles dans le monde des affaires 2.0 que dans les BD oldschool ou les matchs de football France-Allemagne du monde d’hier.

La mauvaise nouvelle, c’est que souvent, les mêmes causes produisent des effets assez comparables quels que soient les éléments de langage répétés, les textes de lois encarafés, les annonces électorales et la météo marine.

La très mauvaise nouvelle, c’est qu’il n’y a pas que Caddie parmi les ETI familiales à la française rongées à babord par le syndrome du France, à tribord par celui du Concordia, d’en haut par les pluies acides sur les voiles et au coeur par 30 ans de défiance réciproque  alors que la tempête, les requins et les ennemis menacent.

La vraie info utile, c’est que la météo des affaires ne va pas s’améliorer après l’hiver, que la mer ne sera jamais un fleuve tranquille et que le ministère de la marine n’empêchera ni Trafalgar, ni the Perfect Storm, ni la prolifération des requins (nb même si les pêcheurs asiatiques génocident l’espèce pour faire de la soupe d’ailerons et autres pseudo aphrodisiaques pendant que les écolos chassent le maroquin ou le siège en velours, les méduses toxiques, piranhas marins et courants radioactifs remplaceront les squales, la nature a horreur du vide) mais que c’est juste business as usual et avec un peu de chance Caddie trouvera un repreneur sérieux, solide, compétent, visionnaire et francophile.

En attendant, le mot « compétitivité » a été un peu placardisé en France pendant les congés scolaires de février en France, malgré une annonce de « renfort de la stratégie de soutien de l’agriculture et du secteur agro-alimentaire » au salon de l’agriculture et la signature d’une charte pour l’export du jeu vidéo et la promotion de la marque « Le Game » en amont du CeBit de Hanovre. A voir si quelque chose refait surface pendant les vacances de l’Assemblée Nationale, au printemps ou après les élections, ou plus tard au 21è siècle (nb qu’entre la mise en roue libre des Parlementaires le 6 mars et la rentrée de septembre, la croissance chinoise aura été d’approximativement 4%, soit grosso modo l’équivalent de 3 ou 4 ans de croissance française au rythme actuel sans engourdissement supplémentaire ni sursaut : ce serait un peu préoccupant si les politiciens français avaient une influence aussi déterminante sur la compétitivité internationale des PME et l’emploi durable dans les ETI en France que sur les caddies nationaux et leur contenu, sur la TVA hexagonale des sodas en dehors des parcs d’attraction ou sur le taux d’imposition des riches exilés en Europe ou plus loin, des chômeurs émigrés en Allemagne ou plus loin, des retraités partis travailler en Chine ou aux Etats-Unis et des entrepreneurs français résilients conseillés par le très considérable écosystème public-privé de consultants fiscaux, sociaux, juridiques, environnementaux, réglementaires, internationaux etc …).

RF – 7 Mars 2012

A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
Cet article, publié dans Uncategorized, est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s