Le déficit du commerce extérieur, quel numéro de téléphone ?

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La ministre du commerce extérieur, Nicole Bricq a eu l’honneur (doux-amer) d’annoncer le 7 février 2013 un déficit du commerce extérieur en amélioration de plusieurs milliards d’Euros, calculé à -67 milliards « seulement » en 2012 contre le record de -74 milliard en 2011.

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La ministre reste concentrée sur l’objectif fixé par le président de la République d’un rééquilibrage du commerce extérieur hors énergie à horizon 2017, et ne peut à cet égard que se féliciter du recul de près de 7 milliards, soit 10%, du déficit, à peine quelques mois après les changements d’équipes et de stratégies à Bercy. Dossier de presse : http://www.commerce-exterieur.gouv.fr/files/dp-commerce-exterieur-2012.pdf

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Les conseillers de Bercy et communicants de la ministre, y compris le maintenant incontournable twittos officiel (dont l’honnêteté oblige néanmoins à reconnaître qu’il n’a pas déclenché un énorme buzz online avec son hashdièse #ComExt2012 à une heure où les twittos boivent leur café en suivant FT Asia, The Economist ou Roubini selon leur humeur du jour), ont trouvé un bon équilibre entre

  • les fondamentaux un peu lyriques qu’il ne faut jamais négliger pour ne pas désespérer Billancourt, type « … La France demeure un grand pays exportateur (5ème). Il n’y a pas de fatalité au déficit … Nos entreprises sont conquérantes … L’aéronautique … Aller chercher la croissance …« 
  • le technocratisme qui fait sérieux et permet de dire tout, son contraire, ou les deux en même temps autour de statistiques et chiffres plus ou moins crédibles, pertinents et/ou significatifs mais qui ont le mérite d’exister, comme « … nos exportations progressent fortement en Asie à +13% … et vers le continent américain (de la Terre de feu à l’Alaska ?) de 11,5% … hausse des entreprises exportatrices de 116 à 119 000 … « 
  • le réalisme qui permet de créer une confiance durable avec les journalistes spécialisés, genre « … La lucidité est une vertu … Si les mouvement de l’Euro étaient durables, ça aurait un impact sur notre commerce extérieur … Mais notre compétitivité compte davantage …« .
  • et le message lucide mais déterminé : « Je suis raisonnablement confiante pour notre commerce extérieur en 2013« 

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La ministre avait la veille, 6 février (jour sans presse écrite à cause d’un mouvement social dans l’imprimerie en France), au salon des entrepreneurs (Porte Maillot, jusqu’au 7 février, gratuit : http://www.salondesentrepreneurs.com/paris ) :

  • rappelé le rôle majeur des régions pour l’appui public à la compétitivité internationale des entreprises françaises (« Les régions sont l’échelon pertinent », cf discours en PACA fin janvier : http://www.laprovence.com/article/actualites/nicole-bricq-les-regions-sont-lechelon-pertinent )
  • affiché sur le site internet du ministère les informations relatives à l’enveloppe de 150 millions d’Euros destinée à l’investissement dans des fonds existants et/ou à faire émerger, eux-mêmes investisseurs en capital dans des PME/ETI à potentiel international, dans le cadre du programme FSI 2020 lui-même doté de 5 milliards d’Euros sur 2012-2020 (Pilote : CDC Entreprises, « future entité de la Banque Publique d’Investissement » : http://proxy-pubminefi.diffusion.finances.gouv.fr/pub/document/18/14184.pdf )
  • souligné, en marge de la réunion de sa task-force sur l’agro-alimentaire en Asie, les enjeux à l’export pour la France en Thaïlande en particulier et dans l’ASEAN en général, suite au « Dialogue Economique de Haut Niveau franco-thaïlandais » intervenu avec son homologue en marge de la visite du Premier Ministre français en Thaïlande ( http://proxy-pubminefi.diffusion.finances.gouv.fr/pub/document/18/14187.pdf ).

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Compléments et dossier complet sur le site adhoc Insee/Douanes de Bercy, qui a la diplomatie administrative de ne pas afficher le déficit annuel en première page, se contentant de celui de décembre (-5,349 Mds Euros) mais offrant toutes les statistiques, etudes et bilans annuels, ainsi qu’une inédite et bienvenue rubrique « Ce qui change en 2013 » : http://lekiosque.finances.gouv.fr/APPCHIFFRE/Portail_default.asp (sinon, pour une synthèse à copier-coller dans un sms pour la hiérarchie, Les Echos ont tiré les premiers, avant la Ministre, mais c’est ça aussi, la compétitivité … avec le crowbar qui va bien : http://www.lesechos.fr/journal20130207/lec1_france/0202549503951-le-deficit-commercial-s-est-tasse-a-67-milliards-d-euros-en-2012-grace-a-de-faibles-importations-535981.php)

Crédits : Les Echos

Les prochaines communications aux entrepreneurs et à la presse spécialisée pourront porter, au delà des compte-rendus d’actions nationales, conjointes, bilatérales, européennes, franco-européennes, etc … en diplomatie économique, commerciale et multilatérale, des annonces concernant la promotion de la « marque France » en France et à l’international, des premiers bilans du pilotage en mode matriciel « pays-secteur », et des analyses comparatives sur les résultats et perspectives d’action dans les domaines de la compétitivité, de l’intelligence économique, de la diplomatie normative et de l’attractivité par les uns et les autres acteurs (pays, zones économiques, filières transnationales, lobbies, promoteurs de nouvelles activités et technologies …) concurrents de la France plus ou moins proactifs et/ou efficients dans la guerre économique mondiale, sur les nouveaux ajustements techniques du soutien public français à l’exportation (procédures Coface, réseau CCE, Ubifrance, France AgriMer …), au premier rang desquels la mise en oeuvre des transferts de moyens et compétences aux administrations régionales en synergie avec la montée en puissance de la BPI à Paris et de ses guichets uniques territoriaux, avec en point d’étape dés le mois de mars :

  • la synthèse des « PRIE » (Plan Régional d’Internationalisation des Entreprises) commandés aux régions
  • l’analyse comparative, et l’audit dans certains cas, des programmes et projets de coopération décentralisée des régions (et des dispositifs régionaux à l’étranger)
  • le recensement des politiques régionales de coordination des acteurs publics et parapublics régionaux ou interrégionaux (agences régionales, réseaux régionaux ou interrégionaux à l’étranger, CCI …), et territoriaux (organismes départementaux ou municipaux, associations dédiées …), ainsi que nationaux disposant de relais et guichets en régions et/ou villes métropoles (Oséo, Ubifrance, Coface, France AgriMer, entre autres …) d’appui au commerce extérieur

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Ceci twitté, on pensera ou dira ce qu’on veut sur :

  • le fait que 7 milliards de déficit technique de moins laissent le solde (de crise) dans des profondeurs abyssales reflétant hélas fidèlement la réalité passé et présente de l’économie réelle française (no comment sur le match France-Allemagne, ni sur le fait que l’Espagne, l’Italie et même l’Angleterre et les Pays-Bas, pour ne parler que d’Europe proche, ne nous laissent pas sur place qu’au foot, en vélo ou au rugby, l’Autriche, la Suisse et les Scandinaves n’étant pour leur part pas spécialisés qu’en ski, curling et patin à glace)
  • le pessimisme qu’inspire une analyse objective des conditions de production de valeur ajoutée en France, la fabrication artisanale de sacs en cuir de luxe et l’export de Champagne étant mieux assurées pour encore quelques années malgré la concurrence étrangère et le changement climatique que la projection dans les secteurs d’activités d’avenir, green ou autres, pour lesquels des annonces et ambitions françaises ne pèseront pas lourd face aux recherches et développement étrangers
  • enfin, le sentiment que la décentralisation des pertes de compétitivité concomitantes avec la nationalisation des profits des annonces politiques ont quelque chose d’au moins paradoxal.

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Quelques régions géographiquement privilégiées, économiquement crédibles au niveau international, et ayant plutôt bien anticipé certains changements comme Ile de France, Rhône-Alpes et le Nord-Pas-de-Calais, voire le couple Aquitaine/Midi-Pyrénées ou les frontaliers de l’Allemagne, pourront probablement tirer leur épingle du jeu franco-français, même si l’export pour tous, la création administrée de compétitivité et la gestation d’équilibre du commerce avec autrui, ça pourrait ne pas aller de soi, voire être un peu compliqué, quels que soient le cours :

  • de l’Euro (et quand bien même créerait-on un Euro-CFA pour les Club-Med ou une devise virtuelle entre donneurs d’ordres et sous-traitants)
  • de l’énergie (si le pétrole baisse sérieusement et durablement et que les acteurs ne se sont pas couverts à contretemps sur les marchés dits « spéculatifs », ça aidera un peu certains transporteurs et quelques usines tournant au mazout, mais la Russie, le Brésil, les Nord-Américains et autres pays dépendant maintenant, encore ou toujours de leur exportations d’hydrocarbures se tourneront vers des fournisseurs moins chers que les entreprises produisant en France)
  • du taux d’intérêt de refinancement/endettement pour la France, ses régions et autres territorialités dont les déficits budgétaires semblent avoir également vocation à au mieux perdurer, au pire exploser sous la double tenaille de la théoriquement inévitable hausse des taux pour les emprunteurs les moins AAA, et de l’apparemment inexorable poursuite de politiques publiques trop et mal dépensières, préparant aussi mal l’avenir qu’elles ne gèrent le présent.

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En conclusion, et en paraphrasant un peu l’ancien Président de la Coface qui avait un jour, en d’autres temps, commenté un résultat déjà assez tigresque en considérant que « le déficit commercial n’a aucune importance, l’Euro nous protège du risque de dévaluation« , on peut non seulement se satisfaire d’un résultat économique qui aurait pu être encore pire, mais n’attacher que l’importance qu’il mérite à un chiffre national qui, outre le fait qu’il devient de moins en moins pertinent alors que les entreprises exportatrices s’internationalisent et externalisent de plus en plus pour des motifs autant opérationnels que fiscaux, que les boites ayant compris le concept de compétitivité et parlant anglais localisent à peu près où elles veulent la valeur ajoutée déclarée en douane de produits et services vendus #InRealLife ou dans le cloud, enfin que les grands groupes crédibles, ETI viables et PME efficaces appartiennent de plus en plus à des actionnaires étrangers, fiscalement exilés et/ou devenus aussi sauvagement pragmatiques (pour ne pas dire prédateurs) que les #geonpi, que les intérêts économiques stratégiques, voire vitaux, de la nation, et l’avenir de ses travailleurs et autres djeuns laissent nettement plus indifférents que les subventions par les contribuables indigènes intermédiées par les politiciens locaux et/ou les institutions nationales, la gastronomie locale et les autres avantages naturels comme la proximité de terrains de golf, ski nautique ou polo.

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En même temps, déjà que la presse économique française normale ne s’intéresse plus trop aux résultats du commerce extérieur (sauf quand elle appartient à des exportateurs de luxe ou d’avions qui ont intérêt à faire un peu d’agitprop avant les voyages présidentiels dans des pays où on peut vendre des foulards à 200 Euros, des sacs à main à 2000, ou des avions civils ou militaires à 200 millions pièce) et que les médias internationaux classent les sujets relatifs à l’économie française entre Garfield et l’horoscope chinois, quand ils ont des éditeurs francophiles (sauf The Economist qui a gardé une rubrique « The others » avec la France et la Corée du Nord) et après les petites annonces d’immobilier de luxe et autres plaisirs qu’on ne paye pas en chèque ou carte de crédit à Paris, quand ils ont des lecteurs francophiles … qu’est-ce que ça sera quand le Poitou, la Réunion ou la Corse voudront faire une conférence de presse sur le nombre de leurs exportateurs, l’évolution de leur ranking désaisonnalisé parmi les centaines de féodalités de l’Euroland, et leur part de marché en Asean ou aux Amériques ? Heureusement qu’il restera toujours du wifi pour lire sur whatever iTruc ou smartphone pendant les conférences de presse des choses sérieuses concernant la compétitivité et la réussite à l’international, par exemple : « Compétitivité« .

Compétitivité

Byzeway, la politique commerciale, c’est bien une compétence européenne, non ? Et la taille critique dans l’économie mondialisée, c’est bien l’Europe (au moins l’Allemagne, même si on est content d’avoir des régions puissantes et bientôt une nouvelle « Marque France« ), non ? Et l’Europe, pour au moins assurer la libre concurrence entre régions françaises en France et à l’étranger et des conditions de compétitivité équitables entre entreprises plus ou moins française implantées dans des régions françaises différentes et vendant du plus ou moins made in France plus ou moins en dehors de leur région, c’est peut être aussi pertinent, non ? La bonne nouvelle, au-delà de l’amélioration du chiffre du commerce extérieur, c’est qu’il reste des questions à (se) poser pour une prochaine conférence de presse. Par exemple : le déficit du commerce extérieur français, combien de divisions quel numéro de téléphone ?

Renaud Favier – 7 février 2013 – Page facebook Compétitivité – Groupe LinkedIn

PS : ceci écrit, le commerce extérieur, c’est surtout une question d’entrepreneurs et de vrais gens qui cherchent, inventent, créent, bossent, produisent, exportent, se battent et transpirent en essayant de gagner assez d’argent pour assurer l’avenir de la boite et de ne pas perdre trop de temps en dialogue social, en conférence administratives ou aux prudhommes et autres instances à la française où l’exercice du droit ne favorise pas toujours l’activité économique légitime #InRealLife … Le reste, y compris les mécanos administratifs, est littérature ou fil twitter pour avec le café …

Café à Paris 7 Février 2013 Renaud Favier

A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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