Donc, le commerce extérieur quitte son paquebot d’attache historique de Bercy pour s’ancrer au Quai d’Orsay

Quai Branly Paris France

Les (plus) vieux de la vieille DREE, genre les deux anciens hauts fonctionnaires qui ont rédigé le dernier rapport pour Nicole Bricq avec l’ancien de Bercy devenu Fermier Général en banlieue, et quelques mains invisibles mais pensant « bien », vont grincer des dents et ressortir leur version originale du rapport « DREE 2000 » avec autographe de Saint Beregovoy, pour twitter en n’en pensant pas plus que « le commerce extérieur coule sinistrement depuis qu’on l’a déménagé du Quai Branly, en accélérant et en klaxonnant depuis que Bercy a vendu le palais de maharadjah de fonctions du conseiller commercial à Sydney » … la caravane passe, les exportateurs trépassent.

quai_branly_concorde Paris France

Les (un peu) moins vieux de la vieille garde, ceux qui étaient aux affaires du temps de DSK à Bercy, mais n’ont pas connu personnellement le télex COMATTA et les télégrammes diplomatiques chiffrés d’avant l’ordinateur (ceux qui n’arrivaient pas à la NSA et dans les grosses boites avant distribution à Paris, mais quelques heures après), vont s’indigner qu’ils avaient bien dit à tous les conseillers de tous les ministres que ça sentait le roussi depuis la fin des rounds de Doha tous les étés et des Berluti à volonté, et que le café avait un goût de cendres depuis l’indépendance d’Ubifrance (installé aux Catacombes, ça ne s’invente pas, mais c’est moins rigolo qu’Oséo à l’Ecole Vétérinaire …), qu’à force de mettre des « autodidactes » (formule locale pour indiquer que quelqu’un n’a pas fait, ou alors en concours interne, l’Ena, ou n’en est pas sorti dans un ministère « noble« ) à la tête du ministère et de titulariser des contractuels en charge du dialogue social avec les « Ramirez de l’Export » (formule locale pour indiquer que l’interlocuteur chef d’entreprise ou cadre assez supérieur pour être reçu n’est pas un haut fonctionnaire détaché ou défroqué dans le CAC40) ça devait arriver … la caravane passe, les parts de marchés y passent.

exposition-avec-geo-au-musee-du-quai-branly Paris France

La génération « chasse en meute » et « équipe de France de l’Export », celle qui a connu le fameux e-mail « à tous » sur les « baisocrates alcooliques » et dont le neurone est encore en état de reconnaître que les jeux institutionnels étaient faits dés lors qu’il avait été décidé à l’Elysée (avant le « couac » du Quai sur les frégates russes, certes) que les négociations transatlantiques devaient être menées par des diplomates pilotés par un ancien premier ministre plutôt que par des comptables sous le contrôle du leader maxi-mots du Gosplan pour avoir une (petite) chance ne pas terminer en Berezina tendance Fukushima, se demande si le transfert au Quai d’Orsay va élargir l’éventail de ses options d’expatriation au service de la nouvelle diplomatie économique, où la condamner aux placards parisiens et voies de garages en province … la caravane casse, les concurrents motorisés dépassent

quai-branly Paris France

Les diplomates du Quai sont un peu comme des coq gaulois tombés sur une boite d’allumettes, mais les lobbyistes de l’écosystème de l’exportocosme ne mettront pas longtemps à les inonder de copier-coller de vieux rapports congelés et recommandations en boite (pour les dossiers secret-défense pas distribués en CIEEMG, le Quai peut probablement observer l’ombre de la Tour Eiffel sur le Pont Bir-Hakeim et écouter la Seine couler encore quelques siècles, avant d’en entrevoir la couverture).

quai-branly Paris France

En réalité « vu de Sirius, XXIè siècle« , les avantages et inconvénients institutionnels se discutent, le réseau des « postes » à l’étranger n’a plus guère d’importance pour Bercy au temps d’internet et de l’avion pas cher pour partout (le goulot d’étranglement, c’est plus le délai d’obtention d’un passeport dans certaines mairies, et du visa pour certains pays), ni pour les entrepreneurs pas trop manchots et assistés qui ont les même concurrents, donneurs d’ordres et clients à l’étranger qu’en France, et plus tellement de substance après la dissociation des services entre Ubi et les SE (ce qui en reste est au Trésor ce que les DRCE étaient à la DREE, mi-Club-Med, mi-pension de famille).

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Les plus fins connaisseurs du dossier (ceux qui ont lu, voire tenu entre leurs mains une copie jaunie de la Table de la Loi du Conseiller Commercial de 1920, et n’ont jamais oublié la fière devise des hussards de la compétitivité du temps où on avait moins honte d’avouer qu’on travaillait au service de la France : « Un seul devoir, vendre ! Une seule maîtresse, la République ! ») se diront que c’est quand même ballot de ne pas avoir fait ça quand Juppé était au Quai, qu’il restait quelques exportateurs potentiels en France (la politique de la PME infantilisée couchée par des notables et des startup bonsaïs arrosées de subventions, quel désastre …), que la politique économique était un peu moins ubuesque et que le pouvoir politique national avait une dynamique réformiste, mais madame Idrac était inspectrice des finances, tenue fermement par les invisibles mais néanmoins pesantes mains des fonctionnaires gardiens du Trésor, et l’Aérospatiale de l’International n’a pas décollé, laissant le champs libre aux flottilles des villes de foires et aux ancres flottantes des ports marchands, réduisant à néant toute perspective d’un Airbus de l’Export au service des entrepreneurs voyageurs au long cours (dont les plus optimistes espèrent qu’il pourrait naitre de la fusion des diplomaties allemandes et françaises) …

Musée_Edouard_Branly_plaque France Paris

Le 1er avril 2014, il s’agissait surtout de ménager le bélier Montebourg (Bricq, c’était la chèvre d’avant) et le chouchou Fabius, en évitant de laisser les négos transatlantiques à Full Monty … à quoi tiennent les grandes réformes du commerce extérieur de ce qui est encore la 5 ou 6ème puissance économique mondiale, dont la croissance viable et l’emploi durable dépendent exclusivement du redémarrage de son 3ème moteur, ni la consommation à crédit de made in China ou Germany, moins encore l’investissement d’acteurs économiques exilés, délocalisés et/ou politisés n’ayant guère de chance de créer les conditions de quelque performance économique que ce soit, moins encore du minimum syndical de compétitivité et d’attractivité …

Musée Branly Paris France Frenchonomics

Mais l’essentiel, pour les entrepreneurs, est ailleurs (en l’occurrence, pas seulement à l’étranger, mais aussi entre les mains des dirigeants, de leurs équipes, et de leur écosystème de fournisseurs, partenaires, prestataires de services et transports, financiers, distributeurs, clients …), et comme disait Julia Roberts dans Pretty Woman, quand le prince charmant milliardaire lui proposait de la libérer de Hollywood Boulevard où elle exerçait le plus vieux métier du monde en lui offrant un  appart’ et une boutique à tenir à New-York, où il résidait habituellement : « That’s geography ».

Paris France

A suivre …

Renaud Favier – 4 avril 2014

 

A propos renaudfavier

Ils semblent grands car nous sommes à genoux (LaBoétie) Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire servir un bon steak (Woody) De quoi qu'il s'agisse, je suis contre (Groucho) Faire face (Guynemer)
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2 commentaires pour Donc, le commerce extérieur quitte son paquebot d’attache historique de Bercy pour s’ancrer au Quai d’Orsay

  1. Pascal MAS dit :

    Si le commerce extérieur passe sous l’autorité du Quai pour plus d’efficacité et de cohérence avec la mission du réseau diplomatique, pourquoi pas. Cependant on peut s’interroger sur la raison pour laquelle le Tourisme fasse aussi partie du déménagement. Certes, Atout-France, la branche « promotion extérieure » du tourisme a plus sa place dans nos ambassades que sur les bords de Seine, mais quelle tête feront les fonctionnaires du Quai lorsqu’il sera question des campings, de l’aménagement du littoral aquitain et de la caisse de prévoyance des agences de voyages.

    • renaudfavier dit :

      Et quelle tête feront-ils quand il sera question de pôles de compétitivité, de la promotion de la filière bois de construction, et de la guéguerre entre Sopexea, Ubifrance et les machins régionaux et/ou corporatistes subventionnés pour promouvoir l’agro-alimentaire ?😉

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