Hors énergie, malgré la baisse de l’Euro, le déficit commercial s’est creusé d’encore 11,5% en 2015

Deficit Commercial France

Source : Challenges / Bercy Douanes / Bercy DGTrésor

On aimerait se réjouir de la lente, mais incontestable, amélioration du solde commercial de la France …

Hélas, trois fois hélas, les indéniables talents linguistiques, oratoires et politiques du jeune secrétaire d’état au commerce extérieur Matthias Fekl ne changent rien à l’affaire, le solde hors énergie s’est dégradé de plus de 50% depuis 2012, et n’a cessé de plonger depuis 2013.

Le dollar fort a beau, sur le papier, doper la compétitivité internationale des exportateurs français dont les coûts de revient ne sont pas majoritairement en dollar (lire ceux qui n’assemblent pas en France des composants électroniques américains fabriqués en Asie, des pièces automobiles importées de zone dollar, ou des avions dont beaucoup d’équipementiers se sont depuis longtemps envolés de la zone Euro, qui allant chercher un peu d’oxygène au Maroc, qui suivant ses clients en Asie, qui s’installant aux USA ou au Mexique pour se rapprocher des avionneurs nord et sud américains) et dont les marchés et les concurrents ne sont pas principalement en Euroland, et la faiblesse du cours des hydrocarbures a beau, dans les faits, réduire (la facture énergétique de la France, mais cela n’a guère d’influence que sur l’accroissement de la dette extérieure, pas sur l’économie réelle) les coûts des exportateurs français dont les prix de revient sont sensibles aux prix de l’énergie et des matières premières, y compris le crédit, dont les prix et ceux du pétrole sont corrélés, le déficit commercial « réel », hors énergie, de la France s’est creusé de 11,5% en 2015, après avoir déjà explosé de près de 50% en 2014, tout le reste est littérature, éléments de langage, et/ou écran de fumée potemkine devant la réalité d’une économie productive dévastée par les mêmes causes que depuis 3 ou 4 décennies, auxquelles s’ajoutent sur la période récente les effets de la croyance à tous les niveaux de décision publique qu’il suffit de créer un salon du made in France pour voir grimper comme un chêne en rut un patriotisme économique goulu de dentelle de Calais ou de salaisons bretonnes ou corses, de décréter la République Numérique, et de planter un peu partout des incubateurs à crédit d’impôt, accélérateurs subventionnés, et ambassades du FrenchTech pour que les StartUp tricolores croissent et multiplient les emplois en France sur les cendres des PME en faillite, ETI en « internationalisation » (lire en fuite à l’étranger comme l’ont fait les CAC40 pas encore morts ou rachetés par des investisseurs exotiques), et grands groupes en perdition (rien que fin 2015, requiem pour Alcatel avalé par Nokia, pour Lafarge marié contraint et forcé à Holcim, et pour une moitié d’Alstom digéré par GE, tandis que Renault et Areva ont tout juste maintenu leur tête hors d’atteinte des appétits japonais et que les banques serrent les fesses) comme si tous les pays concurrents ou potentiellement concurrents de la France, y compris certains pays jadis « émergents », ne menaient pas la même stratégie avec des avantages comparatifs parfois considérables, un engagement pour la compétitivité souvent moins tartuffe, des acteurs publics et parapublics nationaux et territoriaux généralement plus efficients, et des marges de manoeuvres pas obérées par une dette qui dépasse maintenant 100% du PIB (sans compter le hors-bilan) national au bras d’une régionalisation  hasardeuse du soutien à l’économie en général et au commerce extérieur en particulier.

Bref, le secrétaire d’état au commerce extérieur a beau être germanophone et administrativement compétent pour le tourisme, le Tafta et l’attraction d’investisseurs étrangers, son ministère a beau avoir été intégré dans une grande diplomatie économique permettant force économies d’échelles et gains de productivité d’après les consultants, et les « machins » du commerce extérieur genre BusinessFrance, chambres de commerce et autres bidules régionaux ou parisiens ont beau avoir signé leur n-ième pacte d’entente cordiale, non-agression et compétitivité des PME en chantant, les chiffres ne mentent pas, hélas.

23,2 milliards de déficit, c’est 11,5% de plus que les déjà abyssaux 20,8 milliards de 2014, qui eux-même représentaient une dégradation de rien moins que 50% de chute par rapport aux presque encourageants (sans faire de politique, on ne peut que constater que la nette amélioration du solde hors énergie a été brutalement interrompue à partir de fin 2012) 13 milliards de 2013, année de l’inversion de tendance jusqu’alors favorable et de la mise en oeuvre de la particulièrement  têtedoeufienne stratégie de compétitivité de l’inoubliable sénatrice parachutée à Bercy sur un malentendu, Nicole Bricq (http://renaudfavier.com/2014/02/05/bricq-nicole-bricq-oss-117-de-bercy-au-service-secret-de-limage-de-la-france-dans-le-monde-des-twittos/), suivie de peu du très médiatique lancement à/par Bercy d’un groupe de travail  théodule (aussi vite enterré que le rapport sur la compétitivité de l’ancien patron d’Airbus, Louis Gallois) sur le renouveau de la « Marque France » en 2014 (http://renaudfavier.com/2013/11/25/la-marque-france-fantasmee-a-bercy-sur-un-gros-malentendu-ca-pourrait-marcher/), et de la nomination concomitante de la très politique Muriel Pénicaud à la tête d’un Ubifrance fusionné avec Invest in France, lesté d’un bout de Coface, et branché sur BPIFrance pour former BusinessFrance, sous tutelle du Quai d’Orsay (https://madeinfrance2012.wordpress.com/2014/04/04/donc-le-commerce-exterieur-quitte-son-paquebot-dattache-historique-de-bercy-pour-sancrer-au-quai-dorsay/).

Bref, ça ne va pas (vers le) mieux.

RF – 9 février 2016

Compléments

Article technique de Challenges écrit (lui) avec des phrases de moins de 30 lignes, des sous-entendus de moins de 20kg, et un sang-froid de journaliste n’ayant jamais espéré pouvoir interrompre les sabordages http://www.challenges.fr/challenges-soir/20160205.CHA4787/le-deficit-commercial-de-la-france-se-reduit-grace-au-petrole.html

Article limpide de La Tribune http://www.latribune.fr/economie/france/commerce-exterieur-la-france-a-t-elle-rate-le-coche-549011.html

Article inquiet de l’Usine Nouvelle http://www.usinenouvelle.com/editorial/pourquoi-les-chiffres-du-commerce-exterieur-ne-sont-pas-si-rassurants-pour-l-industrie.N378185

Le dossier officiel (Quai d’Orsay / Bercy) http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/diplomatie-economique-et-commerce-exterieur/soutenir-les-entreprises-francaises-a-l-etranger/resultats-du-commerce-exterieur/article/la-france-dans-les-echanges-internationaux-presentation-des-chiffres-2015-du

 

 

A propos renaudfavier

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